LE COIN DES FADAS !

FADAS DU MONDE ENTIER

UNISSEZ-VOUS !

LES FADAS EN PROVENCE NE SONT PAS DES IMBÉCILES MAIS DES RÊVEURS, 

"TOUCHÉS PAR LES FÉES".

Amis Fadas, soyez des nôtres, envoyez-nous des histoires cocasses, originales, bref, un peu fadades, nous les publierons dans cette page. 

Envois à:

 festivilles@outlook.com


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KALI YUGA

Une fois, il y avait Vishnou qui se tapait une petite sieste quelque part, tranquille, dans un infini bleu, rose, parfumé. De son nombril est sorti une fleur de lotus. Et ce curieux de Brama, en regardant dans le col évasé de ce lotus, a vu la création du monde et toutes les successions des âges de ce monde... Ça s’appelle le kalpa et ça dure quatre millions trois cents vingt mille ans. C’est pas beaucoup si tu compares au quinze milliards d’années qu’aurait l’univers. Mais les hindous sont un peu radins.. Ce kalpa est divisé en quatre yugas : le krita-yuga (ça vient du chiffre 4) qui dure un million sept cents vingt huit mille années, le tetra-yuga qui vient du chiffre 3 et dure un million deux cent quatre vingt seize mille années, le dvapara-yuga, du chiffre 2, qui dure huit cents soixante quatre mille années et enfin le kali-yuga, du chiffre 1, le plus mauvais, et qui dure quatre cents trente deux mille années.

La première époque, le krita-yuga, c’est parfait, c’est le pied partout, le paradis terrestre. Tolérance, concorde universelle, connaissance se transmettant oralement, de maître à disciple. Une connaissance de toutes les lois de la nature, de l'homme. Le bonheur à tous les étages... Des pouvoirs sur la matière, sur l'homme, insoupçonnables actuellement et dont les lamas tibétains gardent les dernières bribes... Tous les besoins satisfaits sans efforts. Temps bénis pour nous, les Fainéants !

La deuxième, le tetra-yuga, c’est encore le panard, mais apparaissent quelques éléments merdiques. Mais c’est encore le paradis. Puis y en a un qui a commencé à faire quelque chose de ses doigts. Le début de la technique. Il y avait ceux qui avaient cette technique et ceux qui ne l'avaient pas. Déjà une séparation. D’où conflits... Mais quand il y avait des guerres, les deux armées se retrouvaient sur le terrain et, en fait de bataille, c'était de grandes joutes oratoires, philosophiques. Et ceux qui avaient les meilleurs arguments gagnaient. Les autres se soumettaient de plein gré à leur nouveau suzerain.

La troisième époque, le dvapara-yuga voit un équilibre équitable entre les principes d’ordre et de désordre. En faisant abstraction des durées de ces périodes déterminées par les hindous, on peut considérer que ce Troisième Âge est marqué par le début de l'écriture. Le début de la dégénérescence : les hommes avaient besoin d'un support extérieur, technique, pour transmettre leurs connaissances. La technique a pris de plus en plus d’importance. Le clivage entre ceux qui la possédaient et les autres s'est fait plus marqué. Création de clans, de castes, de races, de nations et autres conneries. Surtout, aliénation des humains par les religions et leurs entreprises de décervelage universel. Les guerres sont devenues sanglantes. On tuait pour parvenir à ses fins. Mais suivant des règles bien définies. Ceux qui tuaient ne s'attaquaient qu'à leurs égaux de l’autre camp. Jamais un guerrier, un “ Kchatria ” n'aurait fait de mal à un être plus faible que lui. C’était un peu la Chevalerie chez nous...

Enfin, la dernière époque, le kali-yuga, voit le triomphe du principe de désordre qui va en augmentant jusqu’à la disparition de l’univers par le feu. La technique s'est imposée comme maîtresse du monde. Deux classes bien distinctes selon le degré de richesse, de possession personnelle. Des conflits tournant à l'extermination, sans soucis de justice. On tue n'importe qui, n’importe quand, n'importe comment et surtout les faibles c’est à dire les civils. La technique est toute puissante et la machine tend à remplacer l’homme.

Nous y sommes en plein dedans. C’est le quatrième et dernier âge, celui qui a commencé avec les connards qui ont inventé l’agriculture, l’élevage, la propriété, les flics, la guerre. Quand l’Homme est devenu con. Quand Cro-Magnon est parti en couille. Puis c’est les grandes invasions, Gengis Khan, Napoléon, Hitler, les Ricains.

C'est le “ Kali Yuga ” ! L'âge de Kali... Kali la noire... Kali la destructrice... Kali avec son collier de têtes de morts... L'émanation purificatrice et destructrice de Shiva.

Le monde va crever de lui-même. Peut-être pas par la guerre atomique mais par un dépérissement général de la planète, par un saccage des forces de vie, par une impossibilité pour l'homme de se reproduire. Par une extinction du genre humain. Par un biocide universel...

La vie, les quatre âges de la vie, ça représente un jour de la vie de Bhrama. Puis il y a une période de nuit égale à celle de jour. Et nous sommes au crépuscule. La vie va s'éteindre sur la Terre pour quatre millions trois cent vingt mille ans, ravagée par l'homme lui-même. Puis un nouveau cycle recommencera, lorsque la boule sera épurée. Ce sera le réveil de Bhrama. Et ainsi de suite pendant cent ans de la vie de Bhrama...

On retrouve là, de manière poétique et imagée, la théorie de l’expansion-contraction de l’univers !


Victor Ayoli

Fainéant Robuste

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Slam à Sarko

Eh ! Sarko le cossart ça y est,  t’as l'bracelet

Faut dire aussi que tu l’as pas volé

Les riches cailleras sont tes amis zélés

Mais pourtant te plaint pas ta note est pas salée

T’as pas droit au mitard, t’as pas les barbelés

T’iras pas à  la douche  te faire encufilé

T’iras pas au parloir voir ta mousmée voilée

Bracelet au panard ? T’en as rien à branler.

Faux taulard Sarkosi

Moi j’t’ai jamais choisi

Ch’uis pas d’la bourgoisie

J’ai trop de fantaisie 

Et mêm’ de courtoisie 

Pour sortir le fusil 

J’ai pas de jalousie 

Pour tous tes tifosi 

Maffiosi 

Moisis 

J’préfère la poésie 

Et les coups de zizi !


Victor Ayoli

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Et puis, après avoir fêté ce Bout d'An:

Ne te cuite pas (de Jacques Brel et Victor Ayoli)

 

Ne te cuite pas,

Ne te cuite pas,

Fais gaffe à ton foie

Ne te cuite pas,

Ne te cuite pas

Comm’ la dernièr’ fois

 

Tu étais rentré bourré de Tavel

A six heur’ du mat’ comme un infidèle

Tu te trimbalais une tel’ biture

Que t’arrivais pas à trouver la serrure

Tu as renversé les quatre fauteuils

Si j’étais descendu, j’te dis pas l’accueil

Ne te cuite pas

Ne te cuite pas

Ne te cuite pas

 

Ne te cuite pas,

C’est pas rigolo,

Espèce de soûlot,

Ne te cuite pas

Je suis tracassée

Quand t’es fracassé

 

Et quand t’as voulu aller au pissoir

Bé, tu as ouvert la porte de l’armoire

Tu as pissé sur mes piles de draps

Dans la penderie

Sur mes beaux habits

Quand tu as voulu venir dans mon lit

Je t’ai repoussé dans ton dégueulis

Ne te cuite pas

Ne te cuite pas

Ne te cuite pas

 

Et puis y’a moins drôle

Prend pas ta bagnole

Imbibé de gnôle

Ne te cuite pas

Ne te cuite pas

Ne te cuite pas

Tu peux te tuer

Tu peux me tuer

Tu peux massacrer

Et verser le sang

De gens innocents

Ne te cuite pas (ter)


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Noël à GOA !

Je suis tombé, l’autre soir, sur l’étrange lucarne, sur des pélucres qui faisaient « Noël à Goa ». Puteng, le « flash down » comme disent les bouffeurs de caoutchouc. Des mecs bedonnants, blancas, sortant de l’avion et baguenaudant sur la plage. Comme à un vulgaire Saint-Tropez. Moi qui ai connu Goa dans les années soixante, à la grande époque Hippie. Cuit. C’est cuit Goa.

- Alors comment c’était, Victor ce patelin indien à l’époque dont tu parles ?

- Il y avait environ cinq mille hippies, filles et garçons venus du monde entier, qui vivaient à poil sur une plage de rêve de cinq kilomètres de long. Derrière la plage, une large haie de cocotiers et dans cette végétation, des maisons de pêcheurs, presque toutes louées par les Chevelus.

Fallait voir ça au coucher du soleil.

Là, c’est quelque chose. Tous les beats sortent quand le mohammed commence à cabusser. Discrètement, sans savoir d’où ils sortent, tu les vois apparaître sur les dunes, face à la mer, à l’orée des cocotiers. On s’assied en tailleur. Les chiloums sortent. La défonce monte alors que le soleil plonge dans un déluge de rouges, de violets, de jaunes, d’éclairs d’argent renvoyés par la mer. Ça scintille, ça éclate, ça défonce. Tu fixes le grand disque à t’en faire péter les rétines jusqu’à la dernière lueur... Puis c’est toute la voûte qui s’embrase.  Du rouge au bleu, au vert...Tu sais plus où donner de la tête. – « It’s too much, man ! » que tu entends – « It’s groovy, man !  Fantastic... » Avec des voix éthérées ... Je vais souvent voir la tombée du soleil avec Gunilla, ma petite Suédoise. On reste longtemps sans rien dire. On fume un peu. Puis quand le soleil a plongé, on se prouve nos sentiments doucement. Longtemps, longtemps… Après on part ensemble ou chacun de son côté pour bâfrer ou se défoncer dans une « party » quand y en a une, ou dans une piaule de hasard.

Á Goa, au mois de janvier, il fait un temps idéal. Comme à Nice en plein été. Avec - en ces années soixante - un peu moins de congés payés. Seulement, sur la fin de la nuit ça pèle un peu. Juste ce qu’il faut pour agrémenter le sommeil. Mais on est mieux dans une piaule que sur le sable. Á Baga, au bout de la plage, se trouvait la paillote d’Antonio, l’un des points forts de la plage. Il y avait, chez cet Indien dégourdi, à boire et à manger et toujours une faune fort occupée à chasser les moustiques à la fumée des chiloums. De là jusqu’à la baraque des Suédoises où j’étais installé, il y avait une trotte ! Deux ou trois bornes par la plage ou par l’intérieur. La piaule était dans le village des pêcheurs. Au milieu d’un tas d’autres huttes, toutes les mêmes. Échelonnées dans les dunes, sous les cocotiers, autour d’un puits ou d’un autre. Pour trouver la bonne, un drôle de binz... Surtout quand tu es défoncé comme un coing.

Bien marrant cette saloperie de hasch, mais ça te coupe les jambes. Ça te balaie toute énergie. Le moindre effort te coûte. Trimbaler sa carcasse dans ces conditions sur trois kilomètres semble un boulot surhumain. Le sable freine, freine. Il t’englue les pieds. La plus petite dune à grimper semble une montagne. Tu souffles comme une bête. Avec le palpitant qui cogne sec. Tu marches penché en avant. En déséquilibre. Comme un automate. Une guibolle part en avant et tu balances vite l’autre pour rétablir l’équilibre avant de te casser la gueule. On dirait que quelque chose te retient. Que tu tires un boulet. Toujours envie de te coucher. De t’arrêter, de rester où tu es.

Puis, faut trouver la route ! Ça semble rien, mais tu te paumes à tous les coups. Encore quand il y a la lune ça aide : tu la laisses à droite. Vers la mer. Et tu marches parallèle au rivage, dans les dunes de l’intérieur. Mais quand elle est couchée ! Alors là tu te guides aux étoiles. Y en a une bien brillante au-dessus de la tête. Et puis deux autres qui sont bien visibles. L’alignement des trois, donne sensiblement la direction plein sud. La bonne quand tu viens de Baga et que tu montes vers le village de pécheurs avant Calangute. Vers la piaule. Faut traverser ce qu’on appelait le « désert ». Une longue étendue de sable en clairière dans les cocotiers. Après, c’était la piaule de l’Allemand. Un bon type çuila. Halte obligatoire...

Il habitait chez le curé. Ah ! Tiens, faudra que je vous raconte le curé de Calangute... Ça vaut la peine. Une sacrée charogne. Bref, un curé.

On s’arrêtait chez l’Allemand. Et quand il n’y avait personne, chez le petit Nick. Encore un client celui-là ! Le Teuton, il avait sa piaule dans une grande et belle maison portugaise. En haut d’une dune. Face à la mer. Avec la lisière des cocotiers derrière. Á n’importe quelle heure de la nuit tu le trouvais l’Allemand ! Un solitaire noctambule.

S’il était dans sa piaule, on se pointait sur la porte et « Namastey » deux ou trois fois, avec les mains jointes sur la poitrine. Á l’indienne. Avec un grand sourire. « Namastey », qu’il répondait. Même s’il ne t’avait pas reconnu d’emblée. Pardi ! Couillon, il était miro comme une taupe ! Avec des lunettes à gros verres loupes. On voyait que ses yeux quand il les mettait. Comme une bogue qui sort du chalut. Avec les yeux qui sortent de la tête... Il avait de grands cheveux noirs attachés derrière la nuque, un pagne et un sarong sur les épaules. Il ne parlait jamais. Mais on se comprenait. Les vibrations, ça suffisait…

Quand on arrivait, il sortait la natte et l’installait sur la terrasse. Devant la piaule. Y a toujours une terrasse qui fait le tour de la maison. Les Portugais, ils savaient vivre les salauds ! Z’ont pas trop fait d’écoles, mais pour ce qui est des baraques où ils vivaient et des chapelles, ils étaient un peu là !

Il s’installait en tailleur sur la natte, face à la mer. Le dos au mur. Et il mettait deux ou trois bouts de bougie par terre, autour de lui. Comme il y avait toujours un peu de vent, pour protéger la flamme il allumait ses chandelles au creux de demi noix de coco vides. Des lumignons bien pratiques. Tout ça avec des gestes lents. Sans efforts inutiles. Il nous invitait à nous asseoir, puis il rentrait dans la piaule. On savait pourquoi : il allait préparer le thé ! En l’attendant, on faisait un petit chiloum.  Généralement je faisais ce trajet avec Bébert-le-rasé, avec P’tit-Louis avant qu’il aille à l’hosto à Panjim avec le foie pourri ou encore avec le Petit-Marcel de Vientiane.

L’Allemand, il revenait avec sa casserole noire pleine de thé. Bien chaud. Parfumé. Avec une noix de cardamome dedans... Il y avait deux ou trois demi-noix de coco qui servaient de tasses. Ça sert à tout, ces noix de coco ! On buvait lentement. Á petites gorgées parce que c’était brûlant. Puis le chiloum tournait... Alors l’Allemand prenait sa flûte et commençait à jouer... Léger. Léger. Léger... Modulé à l’orientale. Il avait appris chez les Arabes, à Marrakech...

On ne comptait pas en kilomètres pour rentrer à la piaule, mais en chiloums ! On savait qu’il y en avait un chez les Japonais, un chez l’Australienne, un chez le petit Nick, au moins deux chez l’Allemand et un en arrivant chez les Suédoises si on s’arrêtait là. Mais si on continuait vers chez Edouardo ou chez Alejandro, il y avait encore au moins un piège chez la Belge et son jules, un chez les Danois et enfin défonce toute la nuit chez les Sud-Américains…

- Eah ! Mon Jean, mon Joubert… Dis-moi, tu as passé un Noël à Goa, ça devait être un sacré panard ! Raconte.

- C’était jour de pleine lune et le lendemain de la grande pêche miraculeuse. Alors, avec le Jésus, on a offert une bringue monstre à tous les beats de la plage. Enfin, à tous ceux qui voulaient.

On te leur a fait cuire deux chèvres en méchoui. Puis cinquante kilos de riz, que ça faisait deux outres énormes qui fumaient ! Trois ou quatre cents poissons frais, des maquereaux dont on avait juste levé les filets qu’on avait mis à macérer dans une marinade aux herbes et au citron. Crû, à la tahitienne ! Avec des pleines bassines de punch fait avec les gnôles de là-bas ! Rabelais sous les tropiques que c’était ! Deux, trois cents gonzesses et mecs qui étaient là, dans le cirque naturel des dunes en gradins d’une clairière au milieu des cocotiers. Assis, affalés en arc de cercle autour du feu où cuisaient les bêtes. Des tablas, des guitares, des sitars et tout le bordel. Somptueux que c’était. Royal. Du chichon par kilos. La grande défonce, puis la grande bouffe. Avec du gras chaud qui te dégouline voluptueusement des babines ! Le Jésus, c’était le maître d’œuvre de tout ça. Fallait le voir s’activer dans sa cuisine, avec Jeannot et Arthur comme marmitons ! Rouge comme un gratte-cul, couvert de sueur qu’il était ! L’avait pris du speed pour tenir le coup. Moi, je me farcissais la cuisson des chèvres...

La bringue a duré de six heures du soir jusqu’à trois heures de l’après-midi du lendemain ! Les Indiens, ils en pouvaient plus ! Parce qu’on avait invité les pêcheurs voisins. Ils sont chrétiens et ne nous considèrent pas comme impurs. Ils sont allés à la messe de minuit au village, puis certains sont venus faire Noël avec nous. Ils ont bâfré, picolé, chiloumé, chanté, joué des tablas. Y en un qui avait amené un de ces petits harmoniums portables, que tu actionnes le soufflet d’une main et que tu joues sur le clavier de l’autre. Les tablas qu’ont pas débandé, les chiloums qu’ont pas refroidi. Le Jésus – enfin, le nôtre, pas celui de la crèche - l’était même descendu au fond d’un puits pour récupérer la corde qu’un défoncé avait laissé tombée. Et il est remonté tout seul, de six mètres au moins, en s’agrippant aux aspérités du bord ! Dément... Il avait mis le drapeau bleu rayé de blanc des corsaires malouins sur la dune le Jésus !  Parce qu’en plus, c'était un autonomiste  breton !

Les Zangliches, les Ricains, ils n’avaient jamais vu ça ! S’en sont rappelés de la « Christmas-party » chez les « Frenchies » ! Quelle défonce...

Le Jésus dont je te cause, c’était une fleur çuila ! Un grand blond, frisé, à la peau blanche, avec quatre poils au menton. Costaud comme le granit de sa Bretagne natale. Une force de la nature. Lui, sa défonce, à part le hasch évidemment, comme tout le monde, c’était la bouffe ! Il se défonçait non seulement à bouffer, mais à faire la cuisine ! Fabuleux ! Son livre de chevet, c’était : « La physiologie du goût » de Brillât-Savarin ! Il partait parfois deux, trois jours méditer dans les dunes avec son bouquin. Puis il nous faisait des petits plats que je t'en dis que ça ! Un actif que c’était ! Il partait le matin au village faire ses commissions ! Il connaissait tous les marchands, discutait le bout de gras avec tous et avait les meilleurs prix. Il faisait à bouffer pour quinze, vingt beats... Tu parles si ça ne disait à Calangute ! On bouffait sur une grande table de bois épaisse, moyenâgeuse, avec des chandelles, siouplait ! Même que les nanas se débrouillaient à apporter des bouquets de fleurs !  La défonce chez les « frenchies », comme ils disaient les autres, c’était du raffiné ! On ne peut pas s’en empêcher. La « french touch », la fameuse « french way of life ! » Des beignets de langoustes qu’il nous faisait, du hachis Parmentier (et même du haschisch-Parmentier !), du stèquefrite et même des tartelettes aux fruits, qu’il avait fabriqué un four exprès !

Une de ses spécialités, c’était le cochon de merde rôti à la broche.

- Le cochon de merde ?

- Ouais ! Le cochon de merde ! Sur la plage traînaient des dizaines de cochons noirs qui appartenaient aux pêcheurs. Ils participaient, tout comme les gros corbeaux, les vautours et les chiens jaunes pelés, à la voirie ! Ils bouffaient tous les détritus qu’ils trouvaient, mais avec une prédilection marquée pour la merde des habitants. Les cagoinces, sur la plage de Calangute, c’étaient une petite boite rectangulaire, faite avec quatre claies de feuilles de palmiers tressés, posées verticalement au-dessus de deux pierres sur lesquelles le cagueur posait les pieds pour se ramoner la tripe. Dès qu’ils entendaient le froissement végétal de la porte qui s’ouvrait, les cochons noirs arrivaient en courant, heureux de l’aubaine du succulent gueuleton qui s’annonçait. C’était surtout des porcelets, les gros cochons étant généralement gardés dans un enclos fermé, près des maisons. Pendant que - accroupi, les coudes sur les genoux, les mains te tenant le menton dans la position de grande réflexion qui a inspiré Rodin pour son Penseur - tu coulais, toi aussi, un beau bronze, les petits cochons noirs passaient le groin sous les claies et, entre les pierres, dégustaient les fruits de tes efforts ! Directement du producteur au consommateur ! Et, suprême raffinement, ils te nettoyaient l’oignon de quelques délicats coups de leur langue rose délicieusement râpeuse ! Un bonheur !

Ce sont ces petits cochons que Jésus nous préparaient soit à la broche, soit encore en civet. Dé-li-cieux !

Pour boire, nous avions du toddy frais, que les producteurs de Calangute lui livraient directement, de l’arack, du cajou fanny (c’est un tord boyau redoutable fait en distillant des noix de cajou fermentées), du rhum et, pour les grandes occasions, le Jésus se démerdait à trouver quelques bouteilles de son sang : du vin rouge ! Le grand pied !

Pour en revenir à la nuit de Noël, il y avait également une autre party, chez les Anglo-saxons, plus loin sur la plage. Là aussi, plusieurs centaines de Hippies en goguette. Les Ricains avaient installé des machines à bruits, avec des haut-parleurs. Et ça gueulait des cassettes de Jimmy Hendricx, des Beattle’s, de Léonard Cohen, etc. Á minuit, le « Santa Claus » est passé et a distribué des pastilles de LSD a qui en voulait. Très peu pour moi…

- Et moi qui me faisais du soucis pour toi. Qui avais des scrupules… Allez, partons ailleurs que ce Goa de perdition.


Jean-Victor Joubert

La suite dans CHILOUM

le foutoir magnifique du rêve hippie


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Oraison (in)funèbre de René-Louis Thomas

Cette oraison a été prononcée du vivant de RLT, (toujours bon vivant, bon pied, bon œil) lui qui disait :  « Fatche, quand on est mort, qu'est-ce qu'on te trouve comme qualités ! J'aimerai entendre mon oraison funèbre de mon vivant. » Ce qui fut fait à Bandol le 26 avril 2008 par son comparse et complice de longtemps, Jean-Victor Joubert de Mairdre, mammifère omnivore sus amantes ampellophile républicain. Ceci à l'occasion de la découverte par les plus éminents membres de la Commune Libre de Bandol du Centre de l'Univers et de ses environs qui, d'après les calculs savants du Collège de Pataphysique, se trouve devant la gare de Bandol. (A ne pas confondre avec le simple Centre du monde qui, lui, selon le grand Dali, est à la gare de Perpignan).


Il est des jours d’horreur et de ténèbres

Il est des jours de tristesse funèbre

Il est des jours d’abandon et de malheur

Sous un soleil menteur.


Il y a quelques jours, c’était hier dans ma tête

Nous buvions du Bandol et chantions à tue-tête

Ces chansons de buveurs que tu appréciais

Gaillard, paillard, frondeur, le regard allumé…

Puis, tu t’es arrêté, en glaçant l’ambiance,

Et nous a déclaré, réclamant le silence :


« Et si un jour je quitte la terre

Pour m'en aller vers l'infini,

Et si un jour je quitte la terre

Je partirais dans l'harmonie.

Et si un jour je quitte la terre,

Pour m'en aller vers le soleil,

Et si un jour je quitte la terre,

Je partirais vers mon Éveil.


Les tracas, les fracas

Les soucis, les ennuis de la vie

Pour moi seront finis.


Lorsque je franchirais la porte

Qui nous conduit vers l'inconnu,

Je voudrais avoir pour escorte

Tous les amis que j'ai connu.

Je laisserai en héritage

Amour, amitié, harmonie,

Gaieté, tolérance et courage

Joués comme une symphonie.


Parents, enfants et amis

Autour de moi réunis

Plein de ferveur et d'amour

Et si je vous jouais un tour !


J'ai pas envie de quitter la Terre

Je préfère rester au Soleil

Et vivre libre comme l'air

En buvant du bon vin vermeil !

Je suis si bien sur cette Terre

A festoyer, rire et chanter

Mon paradis il est sur Terre

J'y resterais pour l'éternité ! »


Mais, foin de la tristesse et de l’affliction

Faisons revivre l’homme d’honneur et de passion !

René-Louis Thomas, ou bien Airelle-thé

Trois prénoms pour un nom gaillardement porté.

Ces prénoms assemblés sonnant comme une marque

Qualifient fièrement ton profil de monarque.


Ta bedaine dodue, ton pif pré-bourbonnien

Réclament un régime, mais pas trop draconien :

Au petit déjeuner une belle andouillette,

Un verre de Bandol pour tremper tes mouillettes,


A midi du gras chaud juste avant la bécasse,

Accompagnée bien sûr d’un excellent Cornas.

Cela te mènera gentiment jusqu’au soir

Tout en philosophant sur l’esprit du pressoir.


Alors commenceront les sérieuses agapes

Où régnera souvent le Châteauneuf-du-Pape

Il accompagnera les rôts et les volailles,

L’omelette truffée et le gigot à l’ail,


Les petits chèvres chauds, le sublime Banon

Que tu feras glisser avec force canons.

Enfin repu, heureux, le tarin comme un phare

Tu souris à Vénus avec un bon cigare.


En vous disant cela, je ne vous cache rien :

René-Louis Thomas est un épicurien !


Tu aimes le contact, la communication,

C’est d’ailleurs ton métier, c’est surtout ta passion,

Créer, organiser, voilà où t’es à l’aise

Tu es le créateur de l’idéogénèse !


Tu as sévi jadis, dans une succursale

Dans ce très grand journal qu’était Le Provençal,

On te croisait partout, surtout pour les vendanges

De Cairanne à Tavel, d’Avignon à Orange.


Dans les brumes du nord, à Valence, en Ardèche

Tu porteras plus tard les clameurs de ton prêche.

Tu eus quelques clients appréciant la tome

Pas celle de Savoie, d’Ambert, du Puy-de-Dome…

Mais celle, effroyable pourvoyeuse de tombes

Derrière qui, tapie, se camouflait La Bombe.


Mais ton chef d’œuvre, enfin, est loin de ces horreurs

Car tu as trouvé rang parmi les découvreurs.

René-Louis Thomas, que ton nom soit connu dans mille galaxies

Tes travaux l’on prouvé : L’Univers a un centre

Tout comme le nombril marque celui du ventre.

Ce centre est à Bandol, et Bandol c'est ICI !


Accourez ! Galilée, Copernic, Cassini !

Accourez ! Archimède, Einstein, Schiaparelli !

Et vous aussi Pascal, Descartes, Bergson et Kant !

Accourez ! Beethoven, Mozart, Berlioz, Schubert,

Et vous aussi Baudin, Parpaleix et Joubert !

Accueillez parmi vous, au Panthéon des Grands Hommes

Votre pair, votre égal, le plus grand des astronomes.


Puisqu’il faut se quitter - le sort est sans pitié -

Laisse-nous ce joyau, ce trésor : l’Amitié.

Et, sur ton cénotaphe,

Inscrivons cette épitaphe :


« Toi qui a, dans la vie, dégusté tant de verres,

Que tu sois, dans la mort, dégusté par les vers ! »



Envoi du distingué fada Victor Ayoli